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Le SAF à La Réunion ... Une situation bien décrite ... mais des données lacunaires ... Et après ?


L’alcoolisation embryofoetale fait l’objet d’études en France depuis 1967 [1], alors que la nocivité de l’alcool pour les femmes enceintes et leur descendance semble avoir été connue très tôt dans l’histoire.

D’après la Haute Autorité de Santé, l’alcoolisation prénatale est la première cause de retard mental d’origine non génétique, ainsi que d’inadaptation sociale de l’enfant : il est donc évitable. [2]

Les premières observations réunionnaises remontent à 1976 [3]. Plusieurs travaux ont suivi qui confirment la problématique sur l’île de La Réunion, au même titre que dans d’autres régions métropolitaines. [4]

La Réunion est souvent citée comme une région pilote sur ce thème. Qu’en savons-nous ? Nos données sont-elles actualisées ? Prévention, accompagnement, prise en charge, tour d’horizon à La Réunion.




 

Sommaire



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1/ Définition des troubles causés par l’alcoolisation foetale

Les troubles causés par l’alcoolisation fœtale regroupent les manifestations qui peuvent survenir chez un individu dont la mère a consommé de l’alcool durant la grossesse. L’atteinte cérébrale en fait toute la gravité. Ces troubles forment un continuum allant de la forme la plus caractéristique et la plus sévère, le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), à des formes incomplètes se traduisant par des difficultés dans les apprentissages et/ou un trouble des facultés d’adaptation sociale.

Le SAF comporte :

  • une dysmorphie faciale parfois difficile à mettre en évidence ;
  • un retard de croissance non spécifique (taille ou poids ou périmètre crânien) prénatal ou postnatal ou les deux ;
  • des troubles du développement neurologique s’exprimant : parfois par un retard mental, et plus souvent par des difficultés d’apprentissage (avec troubles de l’attention, de la mémoire, du raisonnement abstrait), des troubles du calcul, des troubles du langage, une déficience sensorielle (surtout visuelle), des troubles du comportement, des troubles des facultés d’adaptation et des conduites sociales, sources de difficultés d’insertion sociale.

Les anomalies du système nerveux sont directement liées à l’effet de l’alcool et leurs effets s’expriment de manière variable avec l’âge. La forme clinique la plus fréquente est la forme partielle qui est responsable de troubles neuro-développementaux, d’échec scolaire, de troubles des conduites, de délinquance et d’incarcération, de consommation de produits psychoactifs à l’adolescence.

Source : Fiche mémo Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage. HAS. Juillet 2013

L’équipe du Pr. Steissguth a suivi, pendant leur vingt-cinq premières années, des enfants nés d’une grossesse alcoolisée et décrit les résultats suivants [5] : « Le suivi des enfants fragilisés par l’atteinte de leur cerveau par l’alcool a montré qu’à l’âge adulte :
  • 90% présentent des problèmes de santé mentale,
  • 60% des problèmes avec la Loi,
  • 50% ont été soit incarcérés ou placés dans des centres d’accueil pour toxicomanes,
  • 50% avaient ou présentaient des comportements sexuels inappropriés… »

Si ces chiffres n’ont pu être vérifiés en France et ne doivent pas engendrer d’attitude fataliste, ils éclairent la nécessité d’intervenir le plus tôt possible.

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2/ Contexte : politique publique au niveau national et régional (La Réunion)

2.1. Au niveau national

A l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation au syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), l’Inpes et la Mildeca présentent les résultats d’une enquête sur les connaissances et la perception des risques de la consommation d’alcool pendant la grossesse.
Suivant cette enquête, seulement 25% des Français estiment que la moindre consommation d’alcool pendant la grossesse comporte un risque pour l’enfant.
Seul un Français sur deux connait l’existence du message sanitaire pourtant présent sur toutes les bouteilles d’alcool.

Source

Et pourtant, la prévention et la prise en charge des troubles liés aux conséquences des conduites addictives, dont le syndrome d’alcoolisation foetale, font partie des priorités de plusieurs plans, circulaire et rapports nationaux :

Selon ces plans, les services de réduction des risques doivent être adaptés aux spécificités des populations les plus vulnérables, et notamment des femmes qui fréquentent insuffisamment ces structures.
Un soutien renforcé doit être apporté aux femmes en situation de précarité, dont les risques médicaux encourus par l’enfant sont connus (tel que le SAF) afin de réduire les risques sanitaires et les dommages sociaux.
La prévention auprès de ce public doit être renforcée, notamment par une prise en charge psychosociale plus efficace et par l’amélioration de la coordination entre les acteurs.

2.2. Au niveau régional (La Réunion)

Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) représente une des préoccupations de santé publique à La Réunion.
L’agence Régionale de Santé de l’Océan Indien a pour objectifs de faire connaître à la population les facteurs de risque et les principales pathologies liées à la consommation d’alcool, de tabac et de drogues illicites et d’informer sur les dangers de la consommation d’alcool et des produits stupéfiants particulièrement les enfants et adolescents et les femmes enceintes.
Ces objectifs figurent dans le Plan stratégique de santé – ARS OI (2012-2016) et ressortent dans différents schémas et programme de l’ ARS OI :
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3/ Données épidémiologiques

3.1 Origine de la prise en compte de la problématique à La Réunion

Les premières observations réunionnaises ont commencé en 1976 [6] et ont été suivies d’autres travaux.

Puis La Réunion ayant été retenue par la Direction Générale de la Santé (DGS), dans le cadre des Programmes Régionaux de Santé, parmi 8 régions pilotes, elle a notamment choisi de travailler sur le thème de l’alcool.
Des travaux menés par trois groupes de travail et le comité de pilotage est ressortie, en 1996, “la Programmation Stratégique des Actions de Santé (PSAS)”, définie localement, et qui s’échelonne sur 5 ans.
Le groupe de travail sur l’alcoolisme s’est fixé 3 objectifs généraux visant à réduire les incidences de la surconsommation d’alcool à La Réunion parmi lesquels : « Réduire les incapacités évitables, en diminuant le nombre de cas de Syndrome d’alcoolisme fœtal ».

3.2 Données épidémiologiques à La Réunion : 5 fois plus qu’en Europe ?

À La Réunion, l’incidence a été estimée entre 1976 et 1982 à 6/1 000 SAF sévères, soit 5 fois plus que les données européennes [7]. En 1996, dans le sud de l’Île, on trouve une incidence du SAF de 4,3/1 000.
Toutes ces estimations sont susceptibles de biais et à prendre avec précaution étant donné l’effectif réduit de cas retenus dans les études et les incertitudes concernant le diagnostic.


Selon le registre de Malformations de La Réunion, outil indispensable de veille sanitaire, de surveillance et d’alerte concernant les malformations congénitales du département, concernant le SAF entre 2008 et 2012, les données font état d’une prévalence de 0,7 pour 1000 naissances, ce qui correspond bien évidemment à un chiffre plancher ne prenant en compte que les formes les plus sévères mais qui a l’intérêt de concerner l’ensemble du territoire réunionnais.

Nombre d’enfants* présentant des malformations en lien avec l’alcoolisation fœtale à La Réunion.

Source : Registre des malformations congénitales
* parmi les enfants vivants, les morts nés, les fœtus de plus de 16 SA (semaines d’aménorrhée)

Recommandations de la HAS
La Haute Autorité de Santé [8] recommande :

  • De donner une information étayée sur les risques spécifiques liés à la consommation d’alcool lors de la première consultation,
  • D’intervenir de préférence avant la conception et pendant toute la grossesse, l’alcool ayant une toxicité embryofoetale. Les effets d’une consommation modérée étant insuffisamment déterminés, toute prise d’alcool est déconseillée,
  • D’encourager l’arrêt de la consommation d’alcool et d’orienter la patiente vers une consultation et un service médico-social spécialisé pour être aidée.

Il est donc essentiel de pouvoir repérer tôt dans l’histoire de la future mère une consommation problématique d’alcool, idéalement avant la grossesse. [9]
Or, il est difficile de repérer les femmes en difficulté avec l’alcool et celles-ci sont rarement demandeuses de prise en charge.


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4/ Une situation difficile à cerner…

4-1/ Difficulté du repérage de l’alcoolisme féminin
Les professionnels constatent une plus forte stigmatisation des addictions lorsqu’elles concernent des femmes. Leur dépendance se heurte davantage que pour les hommes aux représentations sociales et aux attitudes défavorables pesant sur les usages problématiques de drogues. Les femmes alcoolo-dépendantes (mais plus largement toxicodépendantes) sont perçues comme l’antithèse des modèles féminins et maternels dominants, perception que beaucoup d’entre elles partagent également.
Socialement stigmatisée, la femme vit sa situation de malade alcoolique dans la honte, et peut difficilement parler de ses difficultés à ses proches comme aux professionnels. L’alcool au féminin est un sujet tabou.

Plusieurs dispositifs et acteurs déplorent un repérage assez tardif des femmes dans le besoin ; il en résulte des orientations réalisées assez souvent dans l’urgence. Ce genre de situation plaide en faveur d’un surcroit de formation des personnels soignants et sociaux afin d’améliorer l’identification et l’orientation plus précoce des femmes ayant besoin d’une prise en charge spécifique. L’abord du sujet « alcool » et l’orientation vers les structures de soins en addictologie restent cependant problématiques du fait d’un certain nombre de paramètres : déni, fuite, peur du placement des enfants, peur du jugement, traumatismes, milieu délétère

Profil des femmes en difficulté avec leur consommation d’alcool, selon les sources de l’ancien réseau de santé REUNISAF

  • Majoritairement des femmes issues de milieux sociaux plus défavorisés avec un faible niveau d’instruction scolaire, sans emploi, parfois sans domicile, dans des situations sociales, familiales voire affectives, davantage dégradées : grande précarité, fragilité psychiatrique, prostitution, violences conjugales…
  • Jeunes filles, parfois mineures, enceintes et poursuivant des comportements festifs avec les jeunes de leur âge,
  • Femmes issues de milieux plus privilégiés qui, malgré leurs connaissances sur les risques encourus, peuvent avoir du mal à rompre avec des pratiques parfois liées au milieu dans lequel elles évoluent ou à des problématiques personnelles.

4-2 / Absence de données épidémiologiques actualisées

La production d’indicateurs en périnatalité est lacunaire en France.
Les données épidémiologiques locales sur les TCAF sont rares mais pressenties comme étant élevées, ce qui justifie d’étudier une problématique dont la prévalence dépasse celle de la trisomie 21.
Aussi il semble indispensable de mener de nouvelles études épidémiologiques, des études cliniques ainsi que des études génétiques, sans oublier l’importance des études ethno-sociologiques, économiques, pédagogiques….

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5/ Prévention et prise en charge : situation actuelle

5.1/ Réseaux de santé concernés par le SAF à La Réunion

REUNISAF
En 2001, la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS), le Conseil général et la CGSS de La Réunion ont soutenu la mise en place d’un réseau de prévention de l’alcoolisation Fœtale - REUNISAF, premier du genre en France, fondé par les Dr Denis Lamblin, Directeur technique du CAMSP de Saint Louis et Dr Thierry Maillard, médecin généraliste.
L’objet du réseau consistait à « diminuer le nombre d’individus porteurs de l’ETCAF (Ensemble des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale) par une meilleure détection, un meilleur accompagnement des femmes en difficulté avec l’alcool et de leurs enfants, au sein d’un réseau de santé spécifique et par une sensibilisation de tout citoyen sur les dangers de l’alcool durant la grossesse. ».

En savoir plus : La Santé de l’homme, n°395 (mai-juin 2008). INPES (p. 4-8)

Cette mission s’est achevée le 31 mars 2013 eu égard à l’évolution des prérogatives attendues des réseaux de santé par la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) d’une part et à la mise en place des Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) à La Réunion d’autre part.
Depuis, l’association est devenue SAOME (Santé Addictions Outre Mer) et porte un réseau régional d’addictologie en plus de ses autres missions.

RePèRe
Le Réseau Périnatal Réunion (RePéRe) a été constitué en mai 2001 sous la forme d’une association loi 1901 (sous le nom de réseau Périnatal Sud Réunion, RPSR) pour prendre son nom actuel en janvier 2003. Sa portée est régionalisée depuis 2008.

L’objectif du réseau de santé en périnatalité est, comme le fixe le cahier des charges national, d’améliorer la sécurité et la qualité de la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés et d’assurer une égale accessibilité à une offre de soin en périnatalité mieux connue et décloisonnée.

5-2 Actions de prévention

L’axe 1.1 (« Prévenir et communiquer ») du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives (2013 / 2017) invite à « agir sur l’environnement et les comportements (1.1.2) par le développement d’interventions de prévention au bénéfice de groupes exposés (prévention sélective) et de sujets vulnérables (prévention indiquée) qui sera encouragé, notamment pour les jeunes, les femmes présentant des conduites addictives, les femmes enceintes consommatrices d’alcool et/ou de tabac. »

La MILDECA soutiendra également les stratégies de prévention universelle en milieu scolaire et universitaire, en milieu professionnel, en milieu festif et de loisirs.
En effet, au regard de l’évolution des consommations chez les jeunes femmes et de la montée en force des épisodes d’alcoolisation aiguë (Alcoolisation Massive Ponctuelle ou « Binge drinking) observées lors des soirées publiques ou privées où se retrouvent nombre d’étudiants, il semble nécessaire d’intervenir auprès de ce public.

Afin d’être efficace, la prévention doit s’assurer d’associer :

  • Un travail sur les représentations ;
  • L’apport de connaissances fiables ;
  • L’utilisation d’outils permettant de travailler :
    • les compétences psychosociales,
    • la mise à distance,
    • la participation des acteurs,
    • l’interactivité, et le développement d’un débat,
    • l’apport de contenus,
    • l’apparition d’un sentiment de curiosité pour stimuler une envie d’approfondir la thématique.
A La Réunion, plusieurs associations interviennent sur le terrain en proposant des actions de prévention universelle, sélective ou ciblée :
Mais aussi, des associations d’entraide :
Ces structures sont toutes vectrices de messages de prévention ou de sensibilisation aux conséquences de l’alcoolisation foeto-maternelle, toutefois, l’étendue ou, à l’inverse, la spécialisation de leur champ d’intervention, fait que l’accent est plus ou moins mis sur cette problématique au sein de leurs actions. La part de la thématique « alcool et grossesse » dans le contenu des séances varie en fonction des publics, de l’angle d’approche, de la durée d’intervention et des attentes du commanditaire.

L’association SAOME (anciennement REUNISAF), du fait de son ancienne spécialisation, a maintenu dans ses programmes, des modules de sensibilisation exclusivement dédiés à la thématique « alcool et grossesse ».
Il s’agit notamment :
  • d’une action auprès des enfants en école primaire (cycle 3) : « Kan l’alcool lé pas bon mèm… » labellisée « Outil péi » par l’IREPS (financement par les communes),
  • d’une sensibilisation des adolescents en filière professionnelle (classes de CAP 1ère année) : « Ados et pas addicts »(financement par l’ARS OI et le Conseil Général).
Ces deux actions bénéficient d’un agrément des associations éducatives complémentaires de l’enseignement public et d’un agrément des associations de jeunesse et d’éducation populaire.

Les associations SAOME, SAF France et SAF OI marquent annuellement la journée internationale de prévention des troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (09/09). Cette journée offre l’opportunité de mobiliser les médias afin d’interpeler l’attention de la population.

L’association REnaître Sans Alcool a produit un court-métrage validé par le Rectorat de La Réunion, diffusé dans une cinquantaine de lycées de l’île : « Les faits de Tom ». Celui-ci expose le cas d’une jeune fille qui perd son bébé après avoir consommé de l’alcool et des médicaments.
Le financement a été porté par la Ville de Sainte-Marie, l’Académie de La Réunion, le Ministère de l’Education Nationale, ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, et enfin le Lycée le Verger.

5-3 Prise en charge des porteurs de TCAF

Suivi des enfants porteurs des effets de l’alcoolisation fœtale
En fonction de la nature des retentissements (somatiques, cognitifs, psychomoteurs et/ou neuro-comportementaux), les conclusions permettront d’orienter l’enfant vers un Institut Médico-Pédagogique (IMP) pour les formes majeures du SAF, ou vers un Centre d’Action Médico-Social Précoce (CAMSP) et Centre Médico-Psycho-Pédagogique (CMPP) pour une prise en charge la plus précoce possible.

Dans la majorité des cas, une rééducation paramédicale est nécessaire telle que l’orthophonie, l’ergothérapie, l’orthoptie, psychomotricité, kinésithérapie… Les atteintes psycho-affectives amènent fréquemment ces enfants vers un suivi psychologique voire psychiatrique par les services de santé mentale (CMPEA) pour lesquels les délais d’attente sont réputés particulièrement longs.

D’autres professionnels participent au suivi des enfants porteurs des TCAF notamment en ce qui concerne les retentissements éducatifs :
  • Les enseignants spécialisés : les conséquences scolaires sont parmi les premières visibles chez ces enfants dont 50% possèdent un QI moyen de 65.
L’échec scolaire étant recensé [10] dans 70% des cas, doublé, la plupart du temps, de troubles du comportement (hyperkinésie, déficit attentionnel, impulsivité, trouble de la mémoire à court terme, troubles du langage…), ce sont des enfants qu’il n’est pas rare de rencontrer dans les filières d’enseignement spécialisé (RASED, CLIS).
  • Les éducateurs et les services sociaux : l’environnement dans lequel certains enfants peuvent être amenés à grandir d’une part, et les troubles neurocomportementaux d’autre part, peuvent déclencher la mise en place de mesures éducatives pouvant aller jusqu’au placement en famille d’accueil  : diminution des compétences sociales, troubles de la conduite, difficultés à contrôler des émotions, à anticiper des conséquences et à faire des choix… peuvent générer un comportement inadapté socialement et un risque de dérive vers des comportements de délinquance.

Les services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse peuvent être également concernés par le suivi de ces jeunes.


Suivi des adultes porteurs de troubles « cognitivo-comportementaux »

Les conséquences, liées au dysfonctionnement du système nerveux central, les plus fréquemment observées sont un début précoce des conduites d’alcoolisation, une dépendance rapide et sévère, une instabilité affective et professionnelle, des conduites antisociales et une comorbidité psychiatriques accrue. [11]

Ces adultes porteurs de TCAF, au même titre qu’un grand nombre de patients alcoolo-dépendants, souffrent de troubles cognitifs (les études annoncent des chiffres allant de 50 à 80 % [12]) graves (démence, syndrome de korsakoff…) ou infra cliniques, moins connus, moins reconnus et donc moins dépistés. La nature même des thérapeutiques en addictologie nécessitant l’intégrité des fonctions cognitives et notamment de la mémoire épisodique et des fonctions exécutives, il est aisé de comprendre qu’en cas d’atteinte de ces fonctions, l’efficacité de la prise en charge des patients souffrant d’une addiction peut être compromise.

5-4 Estimation du coût lié au SAF

« Concernant les coûts liés au SAF, une étude menée dans le service de néonatalogie du Groupe hospitalier du Havre chez des enfants ayant un SAF a estimé à 520 000 euros le coût d’un individu porteur d’un SAF de sa naissance à 20 ans – ce coût incluant les soins néonataux et les hospitalisations, l’assurance maladie jusqu’à six ans, le placement social jusqu’à 18 ans, le placement en institut médico-éducatif, etc.

En outre, nombreux sont ceux qui rencontreront des problèmes sociaux, économiques et judiciaires après leurs 20 ans. Sur la base de travaux canadiens menés par le Institute of Health Economics, un individu ayant un TCAF – de sa naissance à sa mort – coûterait en réalité 1,3 million d’euros à la France. »

Source : Compte rendu des 8es journées de la prévention de l’Inpes, à Paris, en 2013, Carmen KREFT-JAÏS (page 3)

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En savoir plus : bibliographie et liens utiles

Outils à disposition des professionnels :

Des outils, dont la plupart ont été créés à La Réunion, sont disponibles et diffusés auprès des professionnels.

  • Les espaces en ligne :
    Deux sites internet permettent aux acteurs de tous les champs et domaines professionnels de trouver des outils et informations sur la problématique « alcool et grossesse » :
    • www.repere.re (le DVD Naître et Grandir peut y être visionné en ligne) ;
    • www.peidd.fr (notamment dans l’espace « Face aux questions », financé par le Conseil Général pour répondre aux questions les plus fréquemment posées sur la thématique « alcool et grossesse »).
Edité par REUNISAF et le CRDP en 2006 grâce au soutien financier des institutions [13], cet outil a été primé 1er prix au festival du film médical à Amiens avec les félicitations du jury de la SCEREN. L’outil, comprenant 1 heure d’interviews d’experts a été diffusé auprès de plus de 700 professionnels.
Le DVD est accessible auprès du réseau SAOME.

Edité par REUNISAF en 2009 grâce au soutien financier des institutions [14], a été diffusé à près de 1200 professionnels ; il comprend 3 parties :
La première présente deux récits complets, abordant différentes facettes de la problématique alcool et grossesse.
La deuxième partie présente six thématiques principales qui se dégagent des dix témoignages recueillis, clés de lecture pour les professionnels : le traumatisme, l’isolement, la survie dans l’alcool, l’exclusion, la reconstruction, « mon enfant : mon histoire ».
La troisième partie comprend les autres récits, dans lesquels sont mis davantage en évidence quelques aspects de trajectoires individuelles.
L’ouvrage est accessible auprès du réseau SAOME.

Edité par le réseau REPERE en 2014 avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé de l’Océan Indien, ce DVD est un outil au service des professionnels de santé pour informer, guider et rassurer les parents sur les différents thèmes de la périnatalité.
Un des 11 courts-métrage, « Le verre de trop »aborde le risque de l’alcoolisation prénatale ; il peut être utilisé comme support pendant le suivi de la grossesse.
500 professionnels réunionnais se sont vus offrir le DVD : sages-femmes libérales, services de pédiatrie, gynécologie obstétrique et maternité, urgences hospitalières, unités de victimologie et professionnels intervenant en addictologie.
Le DVD et son kit de communication sont disponibles auprès du réseau REPERE sur simple demande.
Présentation du DVD de Repère

Edité en 2011 par la Direction Générale de la Santé (DGS), cet outil a vocation à prévenir l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale en intervenant auprès des femmes enceintes.
La brochure apporte aux professionnels en contact avec ces femmes et celles qui sont en désir de grossesse, des réponses aux deux questions les plus difficiles :
• Comment aborder la consommation de l’alcool ?
• Comment, dans les situations les plus complexes, inscrire son action dans une continuité et une cohérence des prises en charges de la mère et de l’enfant ?
La DGS a diffusé largement cet outil auprès des professionnels de la périnatalité. L’association REUNISAF (devenue SAOME) – qui a participé aux travaux d’écriture, le remet aux participants lors des formations.

  • Les affiches et plaquettes de l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (Inpes)
Les outils de l’Inpes sont accessibles en ligne sur leur site (dont l’affiche « Zéro alcool pendant la grossesse », carte postale « Zéro alcool pendant la grossesse », affiche « 9 mois / 0 alcool 0 tabac »...), mais également disponibles sur commande auprès de l’Instance Régionale d’Education et de Promotion de la Santé (IREPS).
Les réseaux en distribuent régulièrement aux professionnels de santé de l’Ile pour leurs espaces de réception du public.

Publié le 16 août 2015
Mis à jour le 14 septembre 2015

Notes

[1Lemoine P, Harousseau H, Borteyru JP, Menuet JC : « Les enfants de parents alcooliques. Anomalies observées : à propos de 127 cas » – In Ouest Médical 6 : 476-482 (1968)

[3Lesure, J. F. Syndrome d’ alcoolisme foetal à l’île de la Réunion. Nouvelle Presse Médicale, 1980, 9, 1708 - 1710

[4TURRI J.P. A propos de 31 observations d’embryofoetopathie alcoolique à l’île de La Réunion
GOURLIN de PARSEVAL A. Le syndrome d’alcoolisme fœtal à l’île de La Réunion
Lesure J.F & Turri J.P. Le syndrome d’embryofoetopathie alcoolique à La Réunion

[5Sampson PD, Streissguth AP, Bookstein FL, Little RE, Clarren SK, Dehaene P, Hanson JW, Graham JM Jr. Incidence of fetal alcohol syndrome and prevalence of alcohol-related neurodevelopmental disorder. Teratology. 1997 Nov ;56(5):317-26. Review

[6Lesure, J. F., supra

[7LESURE J.F., L’embryofœtopathie alcoolique à l’île de la Réunion : un drame social. Rev de Péd, 1988 ; 24 : 265-271

[8HAS. Recommandations professionnelles - Suivi et orientation des femmes enceintes en fonction des situations à risque identifiées.

[9Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé. Guide Alcool et grossesse, parlons-en. Guide à l’usage des professionnels.

[10Sampson PD, Streissguth AP, Bookstein FL, Little RE, Clarren SK, Dehaene P, Hanson JW, Graham JM Jr. Incidence of fetal alcohol syndrome and prevalence of alcohol-related neurodevelopmental disorder. Teratology. 1997 Nov ;56(5):317-26. Review

[11Mezerette C. et al, Phénotype comportemental d’alcoolo-dépendants exposés à l’alcool in utero

[12Bernardin F. et al. Cognitive impairment of alcohol-dependent subjects.

[13CGSS, Conseil Général, CMRR, DRASS, Délégation aux Droits des Femmes et à l’Egalité…

[14CGSS, Conseil Général, RSI, DRASS, Délégation aux Droits des Femmes et à l’Egalité, Caisse des dépôts et Consignations, MILDECA (ex. MILDT), Fondation pour la Recherche et le développement dans l’Océan Indien

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