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Bibliographie - Documents téléchargeables

Titre « Grossesse et alcool : et si on en parlait ? ». Centre Ressources ETCAF. Août 2019
Codification
Auteur(s)
Edition Centre Ressources ETCAF - La Réunion
Année 2019
Lieu d'édition
Thème Consommateur et entourage,Drogue,Législation / orientations politiques,Outre-mer,Pathologie,Prévention,Santé,La Réunion
Lieu de consultation
Type de document Article
Format Numérique
Lien web
Résumé

Grossesse et alcool ne font pas bon ménage

La consommation d’alcool pendant la grossesse n’est pas un comportement rare en France. En 2017, en France, plus de 11% des femmes enceintes déclaraient avoir bu de l’alcool au moins une fois au cours de leur grossesse. [1]

Pourtant, nombre de futures mamans et futurs papas sont encore peu ou pas informés. Au cours d’une enquête menée en 2018 par le Centre Ressources ETCAF de La Réunion auprès de 600 réunionnais, 32 % des femmes interrogées ayant déjà connu une grossesse déclaraient n’avoir pas été informées par le professionnel suivant leur grossesse des dangers de la consommation d’alcool.

Par ailleurs, d’après une enquête menée en 2016 par le Centre Ressources ETCAF auprès de plus de 130 professionnels de santé (sages-femmes, gynécologues, médecins généralistes, pédiatres), 40% d’entre eux ne se jugeaient pas à l’aise pour parler des consommations d’alcool à une femme enceinte et 60 % s’estimaient insuffisamment formés pour prendre en charge une femme enceinte avec un mésusage d’alcool.

Pourtant, en juin 2019, le Conseil Scientifique du Collège National des Généralistes Enseignants rappelait que la population générale considère le médecin généraliste comme légitime pour aborder la question de la consommation d’alcool.

Face au produit le plus dangereux pendant la grossesse, il est essentiel d’aborder systématiquement la consommation d’alcool et d’informer de ses dangers à toute femme enceinte mais aussi à tout couple en désir d’enfant et chez une femme en âge de procréer sans contraception.

Pourquoi ?

Une fois ingéré, l’alcool se diffuse dans le sang de la maman et traverse sans être filtré le placenta. Le taux d’alcoolémie est ainsi identique chez la mère et le fœtus. De plus, ce dernier se trouve en vase clos dans sa cavité amniotique et ses organes en formation sont encore immatures. Il élimine donc très mal l’alcool et reste exposé beaucoup plus longtemps aux effets tératogènes et neurotoxiques de l’alcool.

Pendant la grossesse, 1 verre d’alcool pour maman = 1 verre d’alcool pour bébé

Quels sont les risques ?

Les effets de l’alcool dépendent de plusieurs paramètres :

  • Liés à la consommation d’alcool : quantité, fréquence, période de la grossesse, alcoolisations ponctuelles importantes comme le «  binge drinking » (fréquentes chez les femmes jeunes et plus dangereuses pour le développement embryo-fœtal)
  • Liés à la susceptibilité individuelle, incluant les facteurs nutritionnels, la capacité à métaboliser l’alcool chez la mère et le patrimoine génétique du fœtus.

Les conséquences de la consommation sont variables : ce sont les Troubles du Spectre de l‘Alcoolisation Fœtale (TSAF). A ce jour, aucune consommation, aussi faible soit-elle, ne peut être considérée comme sans risque. En France, les TSAF concernent au moins 1% des naissances soit environ 8 000 nouveau-nés par an, le SAF 1 naissance sur 100, ce qui est plus fréquent que la trisomie 21.

Quand ?

La toxicité de l’alcool s’exerce tout au long de la grossesse. Au premier trimestre (organogenèse), l’alcool est tératogène et peut provoquer des malformations. Au cours des deuxième et troisième trimestres, les risques concernent la croissance et le développent cérébral. Tout retard de croissance intra-utérin doit faire suspecter un TSAF et doit conduire le professionnel à aborder la question de la consommation avec la femme enceinte. Le risque majeur de l’exposition prénatale à l’alcool concerne le développement du cerveau avec l’apparition de troubles cognitifs et comportementaux, parfois très sévères, souvent de diagnostic retardé à l’âge scolaire.

Zéro alcool pendant la grossesse, n’est-ce pas excessif ?

L’objectif n’est pas de faire peur, encore moins de juger, mais de faire prendre conscience des risques. Aucune consommation de boisson alcoolisée quel que soit le moment de la grossesse et quelle que soit la quantité, n’est dépourvue de risque. « Grande consommation, grand risque pour le fœtus, consommation plus faible, risque plus faible mais risque quand même ».

Un seul message simple est à retenir :

« Zéro alcool pendant la grossesse…et même avant »

Dès le projet de grossesse, il est conseillé d’arrêter ses consommations afin de ne pas exposer l’embryon au cours des premiers jours de la grossesse, alors que la femme ne se sait pas encore enceinte. De plus, alors que pendant longtemps seule la consommation de la future mère était considérée comme à risque pour la santé de l’enfant à naître, il est aujourd’hui prouvé scientifiquement que la consommation du futur papa peut également perturber le développement de l’enfant. Via des mécanismes épigénétiques qui perturbent l’expression de certains gènes notamment ceux impliqués dans le développement neurologique, l’alcool est également toxique pour les spermatozoïdes. Le seul message de prévention conforme à nos connaissances est ainsi : « zéro alcool pendant toute la grossesse et dès le désir de grossesse chez la future mère et le futur père »

La prévention de l’ETCAF : cadre régional et national

En 2016, l’Ensemble des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (ETCAF) est inscrite comme « grande cause nationale » par l’Académie Nationale de Médecine [2]. L’Ile de La Réunion est la première région pilote à proposer un programme de prévention et de prise en charge du Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) et des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (TCAF). Ce plan d’action expérimental, coordonné et financé par l’Agence Régionale de Santé Océan Indien (ARS OI), répond aux orientations gouvernementales de la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues Et Conduites Addictives) prévoyant l’instauration d’un Centre Ressources dans une ou deux régions françaises (Plan 2013-2017).
Dans la Stratégie Nationale de Santé promulguée en 2017, les TCAF constituent un enjeu majeur de santé, en particulier dans les populations ultra-marines. Il s’agit d’encourager les dépistages en période pré et néonatale du SAF et des TCAF afin de concourir à l’état de santé de la mère et de l’enfant.
Plus récemment, l’une des priorités affichées du plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 de la MILDECA, est d’améliorer la prévention et de protéger l’enfant à naître de l’exposition aux substances psychoactives, en premier lieu l’alcool.


Le Centre Ressources ETCAF

Dans le cadre du plan d’action sur les TCAF proposé par l’ARS OI, le Centre Ressources ETCAF est un dispositif innovant créé à La Réunion en avril 2016 pour améliorer les connaissances, la prévention et la prise en charge de l’Ensemble des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale. L’enjeu primordial pour le centre est de créer du lien entre les différents acteurs impliqués dans le programme et de développer une synergie des dispositifs, en lien avec les réseaux de santé SAOME [3] et REPERE [4] et de la PTA 974 [5].

Le Centre Ressources ETCAF détient un rôle majeur, via la mise en place de partenariats privilégiés, dans la diffusion des connaissances, l’information et la formation des professionnels de santé, du social, du médico-social, de l’Education nationale, de la Justice. Le Centre Ressources ETCAF a également des missions de recherche et de surveillance épidémiologique, de coopération avec les acteurs régionaux, nationaux et internationaux.

Au travers de ses actions de formations, le Centre Ressources ETCAF a tissé des liens entre professionnels sensibilisés et formés, constituant ainsi un véritable maillage territorial : les sollicitations de plus en plus fréquentes pour accompagner les familles les plus vulnérables concernées avec l’appui des équipes mobiles de l’ANPAA [6] du dispositif fil d’ARIAAN, le nombre croissant d’enfants et adolescents repérés et adressés pour diagnostic au Centre Diagnostic du CHU de La Réunion reflètent une réalité de terrain et viennent conforter au quotidien le bien-fondé du plan d’action de prévention et de prise en charge des TCAF.

Après 3 ans d’activité, la formation de plus de 4 000 étudiants et 2 000 professionnels et la mise en place de questionnaires et de référentiels à usage des professionnels, une synergie entre les acteurs s’est créée, permettant le repérage des familles le diagnostic de près de 150 patients au Centre Diagnostic ETCAF mis en place au CHU en fin d’année 2017.

Le Centre Diagnostic SAF / ETCAF

Le CHU est précurseur dans le diagnostic de l’Ensemble des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (ETCAF) et dispose du premier Centre Diagnostic ETCAF, avec deux antennes : l’une au CHU Nord ouverte en septembre 2017 et l’autre au CHU Sud ouverte en février 2018. Ce centre de diagnostic a pour but de réaliser un bilan approfondi par une équipe pluridisciplinaire, afin de confirmer ou d’infirmer le diagnostic des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (TCAF) chez les enfants de 5 à 18 ans, exposés à l’alcool in utero, présentant des anomalies développementales compatibles avec un TCAF.

Pour chaque enfant, l’équipe multidisciplinaire (neuropédiatre, neuropsychologue, psychomotricien, généticien …) propose un projet global de prise en charge scolaire, rééducative, préconisations pour l’accompagnement du jeune souffrant de TCAF, en collaboration avec les partenaires de proximité.

Après une consultation médicale de préadmission avec le neuropédiatre (ou le généticien au Centre Diagnostic Site Nord), l’équipe du Centre Diagnostic ETCAF réalise des bilans médicaux et paramédicaux et des évaluations spécialisées sur 4 jours. L’objectif est de confirmer ou non le diagnostic, préciser le type et la sévérité des atteintes préconiser avec les acteurs médicosociaux, sociaux, éducatifs le type de prise en charge et d’accompagnement.

Pour plus d’information sur ces dispositifs spécifiques : centre.ressources@favron.org

Perspectives

Notre région a su développer un dispositif répondant point par point aux recommandations du Plan national de mobilisation contre les addictions MILDECA 2018-2022 sur cette thématique. Le plan d’action régional SAF/ETCAF de La Réunion est un dispositif expérimental 2016-2019. Son renouvellement en 2020 est acquis grâce à l’engagement réaffirmé de l’ARS OI et des différents partenaires, sous des modalités et des ajustements à discuter. Il pourrait servir de modèle à la mise en place d’autres centres, tant en Métropole que dans les autres régions d’Outre-Mer.

L’engagement vis à vis de la prévention de la population et de la formation des professionnels est incontournable et doit être poursuivi. Le repérage des situations au sein des populations vulnérables doit être élargi, en lien avec le plan MILDECA 2018-2022. L’accompagnement des familles, notamment pour les démarches de prise en charge après l’établissement du diagnostic, doit être renforcé sur l’ensemble du territoire.

Actions recensées par le Centre Ressources ETCAF dans la cadre de la 21eme journée internationale de prévention du Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) à La Réunion

Lundi 09 septembre 2019 de 13h30 à 18h à la Possession : « Le SAF, les dispositifs dédiés, les collaborations, où en sommes-nous en 2019 à La Réunion ?
Rencontre organisée par le Centre Ressources ETCAF avec le soutien du CCAS de La Possession à l’intention des partenaires, professionnels et acteurs impliqués dans la prévention globale de l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale.

Lundi 09 septembre 2019 de 18h45 à 21h à la Possession : « La consommation d’alcool au féminin, banalisée ou stigmatisée ? »
Soirée-débat organisée par le Centre Ressources ETCAF avec l’appui de SAOME et le soutien du CCAS de La Possession à l’intention des professionnels du sanitaire, social et du médico-social pouvant être confronté à la question de la consommation d’alcool au féminin.

Lundi 09 septembre 2019 au CSAPA de Sainte-Clotilde : Journée de sensibilisation
Action organisée par l’ANPAA 974 au CSAPA Nord

Samedi 14 septembre de 7h à 12h sur le marché forain de la Possession : Action « Ça me dit Santé » spécial SAF
Action à l’initiative du CCAS de La Possession en partenariat avec l’association SAF Océan Indien et avec la participation de bénévoles étudiants infirmiers et jeunes volontaires du service civique pour informer et sensibilisation : micro-trottoir, quizz de connaissances générales sur la problématique des troubles causés par l’alcoolisation fœtale et dégustation de mocktails.

Publié le 13 août 2019